Manuelita

Mes expériences avec des organisations paysannes en Equateur

23 janvier 2009

Un voyage en bus


En attendant mon prochain message, j'avais envie de vous faire partager un texte écrit par Marie-Caroline, mon amie qui travaille près de Riobamba : la description d'un voyage en bus! Celle-ci, drôle et très réaliste, s'applique à la majorité des "courts" voyages en bus en Equateur et je pense même qu'on peut dire en Amérique Latine en général!
Bonne lecture!

Un voyage en bus

par Marie-Caroline Jarreau (Droits d'auteur obligent :-))

Le bus, moyen de locomotion économique très utilisé dans ce pays où le train n’existe quasiment pas, est une expérience à part entière !

 

Tout d’abord, il faut trouver le bon bus !

 

Ici, pas de plan de réseau, de terminaux de départ/arrivée bien déterminés, sauf pour les longues distances. La plupart du temps, il faut demander son chemin, à trois personnes minimum pour s’assurer du bon bus à prendre et ensuite se mettre sur son itinéraire afin d’espérer en arrêter un. Car, la plupart du temps, il n’y a pas d’arrêt signalé, ils sont sauvages et mouvants. Mais avec de bons yeux, vous pourrez lire les destinations inscrites sur des petits panneaux à l’avant du bus afin de savoir dans lequel sauter.

 

Le plus simple est tout de même d’écouter les assistants des chauffeurs crier les destinations des bus à tue-tête : « Quitoquitoquitoooooo, Riobambariobambariobambaaaaa ! »

 

Ca y est, le bus est trouvé, vérifiez la direction auprès du chauffeur ou du contrôleur, des passagers du bus … ça ne coûte rien et peut rapporter beaucoup !

 

Vous montez à bord et là, dommage : plus de place dans le bus ! Mais si, regardez, en voilà une à côté du chauffeur, ou sur un acoudoir, à 3 par siège, … ça rentre ! Même le tableau de bord peut servir de siège, à la seule condition que le chauffeur puisse voir le rétroviseur droit ! Oui, on ne rigole pas avec la sécurité ici. Par contre, les moutons qui ont été montés sur le toit pour voyager, eux, n’ont pas droit à une ceinture de sécurité !

 

Avant le départ, des vendeurs se succèdent dans le bus et bousculent les voyageurs n’ayant pas trouvé de place assise… ils proposent surtout des glaces (les fameuses « Bonice », sorte de « Mister Freeze »), mais aussi des bonbons, des chips, des boissons, du maïs cuisiné ou autres plats chauds à emporter, des fruits en tout genre, des allumettes, des épingles à cheveux, des CD et DVD, … mais aussi des prêcheurs venant annoncer la bonne nouvelle … chacun lance son petit speech pour vous convaincre d’acheter en vantant tous les bénéfices de son produit.

 

Donc vous voilà assis, enfin, « collé » au chauffeur du bus. Quand même une souris ne peut plus rentrer dans le bus, le chauffeur lance des « No sea malito, siga por mas atracito ! » (« Ne sois pas mauvais, avancez un peu plus au fond ! ») aux passagers debouts dans l’allée et il essaie de fermer les portes … c’est parti ! Le bus s’ébranle, on part.

 

A chaque changement de vitesse, le levier vous rentre dans le genou mais comme vous ne pouvez bouger, vous serrez les dents. Le mec assis en face de vous, sur le tableau de bord vous écrase le pied, vous ne dites toujours rien. Le sac de patate situé dans votre dos et la jeune femme assise à votre droite qui s’endort sur votre épaule vous poussent vers le chauffeur, mais vous résistez toujours, de peur de déconcentrer ce dernier !

 

40 min de bus pour rentrer, vous pouvez tenir !

 

A chaque arrêt vont monter un peu plus de personne, vous vous demandez bien comment ils vont rentrer … moi aussi ! Maintenant, les portes ne ferment plus … mais tant pis !

 

Ouvrez grand les yeux et les oreilles, voici un cours de conduite à l’équatorienne : commencer par vérifier que votre klaxon marche, c’est l’instrument indispensable à la conduite, bien plus que les essuies-glaces par exemple ! En effet, le klaxon est un moyen de communication très utile. En France, il est interdit dans une multitude de situations : en ville, de nuit, et quand la situation ne relève pas de l’extrême urgence mais pas ici ! Il a ainsi de nombreuses significations, que seules de nombreuses années de pratique permettent de percer tous les mystères.

 

Pas forcément agressif, j’ai pour l’instant découvert qu’un coup de klaxon pouvait dire :

- Salut !

- Attention je double !

- Dégage t’es trop lent !

- Dégaaaage le chien (ou la vache, le lama, l’âne, le cochon …)

- Le feu est vert !

- Oh une gringa !

- Où tu vas ?

- Qu’est ce que tu fais ?

- Je suis libre (pour un taxi)

- Comment vont les enfants ?

- Et ta femme ?

 

Certains le font simplement par plaisir ou automatisme, j’en suis sûre mais je n’en ai pas la preuve formelle !

 

Le klaxon sert ainsi à s’imposer dans le trafic, et c’est utile ! Que vous ayez la priorité ou non, vous vous ferez klaxonner.

 

Un ralentissement du trafic ? Une voiture respectant une limitation de vitesse ou un stop ?

 

ON DOUBLE ! Et même si on est un vieux bus rempli à ras bord, même pas peur ! On y va, par la gauche, par la droite, là n’est pas le problème. On peut même doubler quelqu’un qui double si la route est assez large. Le principe, c’est qu’il y a toujours quelqu’un de plus lent que soi. Doubler, c’est une question d’honneur !

 

Un virage à droite, j’écrase ma voisine, un virage à gauche, j’écrase … le chauffeur ! Ah zut !

 

Un freinage un peu brusque : 3 ou 4 personnes tombent dans l’allée … c’est pas grave … un dos d’âne approche, on ralentit à peine et c’est tout le bus qui joue aux montagnes russes. Notez que ça n’empêche pas certains passagers de dormir profondément !

 

Le chauffeur augmente le volume de la radio, comme ça on entend moins les gens soupirer ! Il faut dire que dans son vieux bus il a un auto radio flambant neuf et des enceintes qui vous arrachent les oreilles.

 

Et soudain la pluie se met à tomber … mais les essuies glaces ne servent pas à grand chose … il fait chaud dans le bus vu la densité de population et de la buée se forme peu à peu sur le pare-brise … oui, le chauffeur ne voit plus rien! Mais heureusement, le mec assis sur le tableau de bord, qui cache la moitié la visibilité du chauffeur est là ! Et du revers de sa main, il essuie la buée, trop sympa ! Vous respirez à nouveau, on vient d’éviter un camion qui arrivait en face.

 

Votre regard peu rassuré se tourne alors vers les images pieuses de vierges et Jésus qui ornent toute la cabine du chauffeur. « Dios guia mi camino » (=Dieu guide mon chemin) dit un gros autocollant collé sur le rétroviseur … tout va bien donc !

 

Le bus fait un petit détour, oui, les trajets ne sont pas forcément bien fixes ici, mais pas de panique, en voyant votre mine inquiète, votre voisin le chauffeur vous assure qu’il vous mènera à destination ! S’il le dit …

 

Après la route asphaltée, le bus s’engage sur le chemin de terre qui mène à la communauté. On ne compte plus les nids de poule (voire même d’autruche) que le chauffeur n’essaie même plus d’éviter, par contre il continue de klaxonner pour faire en sorte que les vaches ou autres lamas s’écartent du passage.

 

Vous arrivez à distinguer votre point d’arrivée, et vous vous préparez à dire (ou à crier si vous êtes au fond du bus) : « Aqui no máááááás !!!! »

 

Le bus freine, 3 ou 4 personnes retombent …

 

Vous payez 30 centimes, vous parvenez à vous frayer un chemin vers la sortie en récupérant vos sacs, vous manquez de tomber dans les escaliers car 2 personnes y sont assises, vous sortez enfin et respirez en regardant le bus s’éloigner cahotant et crachant de nouveau sa fumée épaisse.

 

Et dire que demain, faudra recommencer !

 

Posté par Manuelita à 18:05 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire