Manuelita

Mes expériences avec des organisations paysannes en Equateur

12 mars 2009

Yana Curi, celui qu'on appelait l'Or Noir

Le pétrole polue

Le pétrole corrompt

Le pétrole tue

Le pétrole divise

Le pétrole contamine

Le pétrole achète les consciences

Le pétrole anéantit la nature qui l'a pourtant généré ...

frenteAmazonia3


Si on l'appelle "or", c'est sans doute parce qu'il est aussi, voire davantage prisé que ce dernier. Et pourtant – tout comme l’or - ... on aurait mieux fait de le laisser là où il était ce fameux pétrole!

Ici, dans l'Amazonie équatorienne, le pétrole - "el crudo" comme ils l'appellent - et les activités qui y sont liées sont une réalité quotidienne. Première source d'emploi de la région, l'extraction pétrolière est présente et visible partout.

Deux oléoducs traversent ainsi le pays, transportant le pétrole de l'Amazonie vers la Côte. L'un est géré par la compagnie pétrolière nationale, PetroEcuador et l'autre par les nombreuses compagnies étrangères présentes sur le territoire.

La ville d'El Coca, était encore, il y a 25 ans d'ici, un village perdu au milieu de l'Amazonie. Avec l’arrivée des compagnies pétrolières dans les années 70 a commencé un travail de déforestation massive et la construction de routes qui ont permis, petit à petit, la colonisation par des populations venant d'autres provinces du pays, à la recherche de travail et de terres fertiles.

E

Aujourd'hui, la Via Auca, "la route vers les Sauvages" s'enfonce dans la forêt, jusqu'en territoire Huaorani, peuple indigène dont certaines branches vivent encore en isolement volontaire. Cette route est bordée de dizaines de communautés, composées pour la plupart de Métisses - ou colons - venus s'installer sur ces terres vierges et fertiles rendues accessibles par la route.                                                                     

001_FrenteAmazonia E                                                                  

Le paysage de l'Amazonie est entrecoupé par les infrastructures pétrolières: des kilomètres de tuyaux d'oléoducs, des puits de forage, et les fameux chalumeaux qui brûlent nuit et jour le gaz pétrolier, contaminant gravement l'atmosphère. De plus, depuis des années, des millions de barils de déchets toxiques issus de l’extraction du pétrole ont été déversés dans la nature sans aucune forme de traitement préalable, occasionnant une réelle destruction des diverses formes de vie existant dans l’Amazonie.
                               

      E E

005a_FrenteAmazonia

De nombreuses études ont permis de mettre en évidence les cas anormalement élevés de certaines maladies dans les communautés vivant proche des puits pétroliers. L'on retrouve le plus fréquemment les infections cutanées, produites par l'usage de l'eau contaminée des rivières ; et les infections respiratoires, dues à l'extrême contamination produite par les particules de gaz brûlé et répandues dans l'atmosphère. Mais l'on signale également de nombreux cas de cancers du larynx, de l'estomac, de la peau et des poumons.

Et puis il y a aussi les études sismiques - qui consistent à faire exploser à la dynamite un territoire délimité afin d'y évaluer la qualité du pétrole qui s'y trouve éventuellement. Quadrillant sans cesse de nouveaux territoires, les compagnies pétrolières emploient, pour quelques mois, les habitants des communautés - les mêmes qui en subiront les dommages environnementaux! - qui, pour un salaire de misère iront poser les câbles et la dynamite au plus profond de la forêt. Pourquoi ces gens acceptent-ils de faire cela? Parce qu'ici, avoir un revenu stable, même si ce n'est que pour trois mois, est un grand luxe...et malheureusement, c'est souvent une grande chance pour la majorité d'entre eux d'être employés par La Compagnie.

Ces études sismiques - qui débouchent le plus souvent sur le creusement d'un puits pétrolier - ont des conséquences sur l'environnement : glissement de terrain, perte de terres cultivables, fuite des animaux vers d'autres lieux. Mais également des conséquences - inattendues!- sur la santé: elles provoquent des épidémies de rage, transmises par ... les chauves-souris!! La détonation de la dynamite produit un "court-circuit" dans le système nerveux des chauves-souris qui, enragées, se mettent à mordre les humains. Cela ressemble sans doute au scénario d'un mauvais film d'horreur, et pourtant ... ces moments là sont de réels états d'alerte pour les unités de santé se trouvant dans la zone!

Concernant les états d’alertes ... je vous informais il y a peu d’une fuite de pétrole qui s’est produite le 25 février dernier dans un oléoduc, provoquant la contamination du fleuve Coca qui alimente en eau « potable » la ville de Coca. Depuis ce jour, 35 000 personnes sont toujours sans eau courante, et cette situation risque de durer des mois, le fleuve étant hautement contaminé ! Les camions citernes prêtés par la compagnie pétrolière continuent donc sans relâche à distribuer de l’eau aux habitants de la ville. Mais, ironie du sort ou plutôt « foutage de gueule », premièrement l’eau distribuée vient soit du fleuve Napo - l’un des plus contaminés du pays pour les nombreux écoulements de pétrole qu’il a connu antérieurement - soit de lagunes d’eaux stagnantes … et deuxièmement, les camions qui transportent cette eau sont ceux qu’utilisent habituellement les compagnies pour transporter l’essence ( pensez-vous qu'il soit possible de nettoyer ce genre de réservoirs?) !! On nous distribue donc de l’eau polluée et portant des résidus d’essence pour remplacer l’eau contaminée par le pétrole ?! ... Sans commentaire ...

MSPOrellana2  Imagen1 MSPOrellana5

Et comme c'était quand même un peu "risible" de distribuer de l'eau dans des camions sur lesquels on peut lire en grand: "danger inflammable" (¿¿de l'eau inflammable??), certains ont eu le soucis de transformer cet avertissement en "non inflamable" ... Ha bin nous voila rassurés!!

MSPOrellana7

Le pire reste bien entendu la situation des 47 communautés indigènes vivant sur les rives du fleuve…ceux-ci ont eu droit à une distribution de bouteilles d’eau potable… environs 8 litres par famille… pour tenir plusieurs mois? ... De nouveau sans commentaire…
Ces populations – n’ayant souvent pas d’accès à un centre de santé - courent, dans l'immédiat, de graves risques d’infections cutanées, d’ulcères et d'intoxication … Le Ministère de la Santé fait de la sensibilisation auprès de ces communautés en les incitant à consommer l’eau de pluie (contaminée par les gaz brûlés dans l'atmosphère mais sans doute « un peu moins dangereux ») et non l’eau du fleuve. Ce même Ministère essaie également de dénoncer les dangereuses pratiques de distribution de l’eau dans la ville … mais comme la responsable de ce désastre est la compagnie pétrolière NATIONALE … certains préfèrent se taire…le gouvernement en premier lieu !

MSPOrellana3

A quelques jours de la Journée Mondiale de l’Eau… je suis … dubitative!

Malgré tout cela, chez nous, on s'obstine à parler de la "menace" que constitue la fin du pétrole pour l'économie mondiale. Et pourtant...dans le sol de cette région tellement riche en biodiversité, il y encore des milliers de barils exploitables! Ce qui semble signifier que la menace n'est pas la fin du pétrole, mais bien le fait que des activités d'extraction puissent encore se poursuivre pendant des années!

Première mondiale ... Afin de préserver la biodiversité de la planète et la vie des peuples indigènes vivant en isolement volontaire, le Gouvernement équatorien avec le soutien des Nations Unies et de plusieurs organisations internationales ont lancé le « Projet Yasuni ». Au travers duquel l'Etat Equatorien s'engagerait à laisser le pétrole à perpétuité dans le sol du Parc National Yasuni (se trouvant dans le Nord Est de l'Equateur, zone que je viens de vous décrire), moyennant compensation financière de la part de la commuanuté internationale pour les pertes endurées par la non-extraction de ce pétrole qui constitue 60% du PIB! Comme un geste solidaire mondial pour sauver la planète ... ou ... une "goutte d'eau" au milieu de ce désastre? Pour ma part, je vais m'arrêter là. Mais n'hésitez pas à vous informer! www.sosyasuni.org/fr/

Et surtout AGISSEZ ou REAGISSEZ, la consommation de pétrole, chacun de nous peut participer à la réduire!! Pour une décroissance positive!!  www.decroissance.org 

L'Amazonie,

AVEC ...

E E

... ou SANS l'extraction du pétrole ??

Imagen11 Imagen14

Posté par Manuelita à 00:05 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    jusqu'où irons les exploiteurs avant qu'ils ne s'engluent totalement dans leur bêtise!

    Posté par Pattyn Michel, 16 mars 2009 à 09:52

Poster un commentaire